[le 12/02/26, à Chamonix]
« Qu’est-ce qu’une montagne, finalement ? »
Olivier Remaud
La bande son de cette lecture : A Great Design – Black Marble
Revenons ici, une minute.
Vous avez vu qu’en Janvier, pour marquer le passage en 2026, tout le monde postait des photos de 2016 sur Instagram ?
De mon côté, j’aime bien ce genre de trucs. Regarder dans les rétros. Mais j’avais vraiment pas envie de poster mes meilleurs selfies d’il y a 10 ans, sans contexte. Ça aurait raconté quoi ? Que j’ai vieilli ? Que j’ai plus ma tête de gros bébé ? Bon bin… tant mieux non ?
Ça ne m’a pas empêché de me poser la question.
Je faisais quoi déjà, en 2016 ?
2016, c’était une année un peu dingue, qui a entrainé pas mal de changements. Quand elle a commencé, je terminais mon Master à Lyon, et je cherchais un stage. Un soir de fête dans les vieux quartiers, un peu éméchée et entourée de mes ami.e.s, j’ai reçu un message vocal. Mon entretien s’était bien passé, et j’allais passer les prochains mois à travailler dans un studio d’enregistrement au pied des montagnes, à Chamonix. André Manoukian venait de le créer, avec l’idée d’accueillir des groupes en résidence le temps qu’ils travaillent sur un projet, l’enregistrent, et fassent quelques concerts un peu intimistes. Honnêtement, moi mon job là-dedans, c’était un peu de la merde. C’était chiant, et surtout du travail dissimulé : j’occupais un poste seule, je faisais 100% de ce travail, et j’étais payée comme stagiaire. Alors je faisais le ménage dans un hôtel le matin avant d’aller bosser au studio pour avoir de quoi vivre, et dès que j’en avais l’occasion je trainais côté enregistrement avec l’ingé son. Je ne me l’avouais pas tout à fait à l’époque, mais son job me faisait vachement envie.
Et puis, passer l’été dans le quotidien des montagnards m’a donné envie d’en faire vraiment partie. J’y avais un bon groupe de copaines, j’en rencontrais constamment de nouveaux et nouvelles, et tout un monde s’ouvrait à moi. Ça ne pouvait pas s’achever ainsi. Alors j’ai trouvé un boulot de barmaid dans un pub irlandais pour l’hiver. Ma copine Joëlle, une australienne fêtarde, y travaillait. Elle a fait en sorte que j’y sois embauchée, et moi je nous ai trouvé à appart où vivre ensemble.


Mes souvenirs à partir de là me font surtout rire. On enchaînait les journées en montagne, les soirées dans notre bar souvent rempli exclusivement de nos potes et où le patron ne venait jamais, et les nuits dans le salon à discuter avec nos copains qui allaient et venaient comme s’ils étaient chez eux. Parfois, on rentrait du travail et ils étaient déjà là, à nous préparer à manger et à se raconter des histoires.
On y était bien mais il faut le dire : c’était un appart un peu miteux. Pendant un temps, on ne pouvait plus ouvrir notre fenêtre de cuisine car elle avait gelé de l’intérieur.
Malgré tout, travailler dans la musique me manquait. J’ai toujours aimé ça. Alors j’ai contacté une nana qui organisait des mini-concerts filmés en altitude, pour voir si je pouvais lui donner un coup de main. Je me suis retrouvée à monter régulièrement là-haut avec des groupes, des guitares, des câbles et à toucher un peu à tout. Ma mission était surtout d’animer l’émission et conduire les interviews. Quand j’y repense, j’ai l’impression que tout ça s’est passé dans une autre vie.
C’était principalement des groupes de passage, souvent des anglais en tournée. J’ai rencontré un de mes meilleurs amis, Oli, un batteur de Bristol, pendant un de ces concerts. Ça a pris le temps d’une montée en télécabine pour qu’on s’aime bien. C’est rare d’avoir une photo du jour exact où tu as rencontré un de tes meilleurs amis. Mais la voilà.

Et puis 2016, c’est aussi l’année où j’ai mis les pieds en Irlande, et à Cork, pour la première fois. Une nana d’Irlande du Nord, que je connaissais à peine et que je n’ai jamais revue depuis, m’a proposé un road trip dans son vieux camping car super 1980’s tout autour du pays. J’ai dit oui.
Long story short, j’ai enchainé 3 ans à vivre l’hiver à Chamonix, et le reste de l’année à Cork.
2016, en fait, c’était une année à me laisser porter par le vent froid et mon instinct d’hirondelle.

